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14 octobre 2017

Grèves, actions, fonction publique, conditions de travail : les collègues témoignent

Le SNUipp-FSU a envoyé à tous les syndiqué-es un mail leur demandant quelle suite ils voulaient donner à l’action du 10 octobre. Vous trouverez dans cet article des témoignages d’enseignants, qui nous parlent du métier, parfois très en colère, parfois très revendicatifs… Ils ont envie que cela change...

" Je lutte : pas classe !

J’étais gréviste le 10, comme 3 jours à la rentrée (fermeture d’une classe sur notre école), et comme à chaque appel à la mobilisation contre la loi travail (1 et 2). Je serai de nouveau en grève le 19/10/17 à l’appel de la CGT.

Ce soir, je rentre du travail, et le magasin en bas de chez moi, (Lidl, de sinistre notoriété depuis le dernier Cash investigation - au demeurant fort intéressant) est fermé pour cause de… grève ! Quel courage : ils risquent bien plus que moi à se mettre en grève !

Déterminante pour la grève du 10, ma conviction tenace que nous n’avons jamais rien obtenu en biaisant avec le CONFLIT social (mais ça fait tâche, faut se salir les mains, faut perdre son salaire, descendre dans la rue, être prêt à se faire parfumer de lacrymo et traiter de terroristes, voir même de fascistes - ah, les affres de l’entre-deux tours des présidentielles ! Déterminante aussi la conviction que ce sont les luttes privé/public intersyndicales et non syndicales qui peuvent faire bouger quelque chose dans ce pays et ailleurs.

Déterminante aussi ma conviction que deux, trois jours de grève par-ci par-là sont toujours bons à prendre pour se retrouver et crier que « Ce sont les routiers qui ont raison : grève générale, c’est ça la solution ! », mais qu’à moins d’une reconductible, nous n’obtiendrons rien.

Et je suis prête à la faire, la grève reconductible.

Mais les derniers jours de grève, je suis parfois toute seule à faire grève dans mon équipe (ce qui est loin d’être le cas dans la rue), ou bien quelques collègues s’y collent un brin… Un vague sens de la solidarité ? Sens du devoir ? Un genre de : « Merde, y’a la vioque qu’est encore grognonne, et pis qu’en démord pas de ses grèves à répétition, p’t’être ben qu’elle a raison ? Que dira la postérité du mouvement d’aujourd’hui ? Et si j’y étais pas, j’aurais l’air de quoi dans les ePub d’histoire du futur ? Bon d’accord, je me suis promis de FAIRE le tour de la planète avant de devenir aussi grise qu’elle, je peux peut-être m’autoriser un’ t’tite entorce à la cagnotte. Et pis, moi j’en veux pas de sa Francedenbas, alors, j’achète, j’ m’endette, pour pas finir comme elle, locataire d’un hlm de luxe dans un 9ème ciel de banlieue ! J’m’colle en grève avec ma moitié, mais on est tellement crevé qu’on passe l’heure de l’AG, pis celle de la manif’… et c’est déjà demain, faut r’tourner au turbin… l’air de rien.

Je passe sur tous les collègues qui disent rien, façon de dire que … tout va bien… ?

Pour moi, ça ira, ça ira.

Mais tu la reconduis comment la grève si t’es pas à l’AG ? Mais tu la reconduis comment la grève quand tu es à l’AG à trois pelés ? Mais tu m’expliques ce qui a changé depuis la dernière fois où t’étais gréviste avec moi ? On a gagné quelque chose ? J’ai raté un épisode ? Mais pourtant y’m’semble bien t’avoir entendu gémir contre les grèves de 24h, maintenant c’est la Reconductible et t’y es plus ?

La grève, les luttes, c’est comme le reste, c’est « à la carte », « Vous reprendrez bien une petite larme de tintamarre et quelques zestes de calicot, une petite pincée de charge.org, ça mange pas d’pain, et pis revenez demain ». Être gréviste, ça se paye : un article à piocher, pis à jeter, comme le reste…

Des fois qu’on soit pas concerné…

C’est vrai que quand les parents des mômes seront tous au chomdu (pardon, au revenu universel, c’est aussi cher mais plus tendance), ben elles seront plus jolies nos classes qui sont déjà parfois bien lestées. Ben oui, quand les parents des chérubins seront abonnés à la dépression du fonctionnaire AP-HP (pardon : burn-out parmi les RPS, c’est aussi triste mais c’est plus in), on aura l’air fin, à faire les marionnettes « ainsi font, font, font » (que j’ai longtemps pris pour des siphons) devant nos par-terre de minots, qu’auront beau chercher ce qu’ils peuvent bien foutre là, ensardinnés à 30, et puis tourner et retourner encore leurs cervelles dans leurs petites caboches, mais non, décidément, ça ne peut pas passer : la pensée, c’est bloqué !

Bon, c’est vrai, le taf, c’est pas bien compliqué, c’est une valeur qui baisse, et pisyenapaspourtoutl’monde.

Petit aperçu des dilemmes corporatistes et autochtones :

On pleure les non remplacements, on geint sur les parents qui devraient en faire plus que nous, mais on est les premiers à accepter sans sourciller de répartir les enfants dans les classes des autres (avec la petite fifiche hautement pédagogique) pour la sacro sainte réunion d’équipe éducative (qui ne sert pas à grand chose d’autre qu’à se foutre à l’abri de familles qui pourraient reprocher à la boite de n’avoir rien fait pour leurs gamins, voir même à servir à ses mêmes familles un marketing visqueux, quand on sait que partout où problème il y a, de solutions, en revanche il n’y a pas : 6 mois d’attente en CMPP pour le secteur public, mais nous faisons fonctionner à merveille le secteur libéral, en étant probablement le premier sponsors de l’orthophonie en secteur privé, chez eux les délais d’attente sont les mêmes… Parlons plutôt de l’ASE et de sa formidable délégation de fonds publics au secteur « associatif » à la botte des collectivités territoriales, avec sa cohorte de salariés plus précaires les uns que les autres pour pister les gens les plus fragiles, là encore parler de « suivi » serait juste une mauvaise blague). Poser la question du report de ces réunions hors temps devant les enfants, sur des heures d’APC par exemple ou sur les 108h n’est même pas envisageable, parler de remplacements sur ces temps est tout simplement ubuesque. Reste : colmater les brèches sans se poser de question parce qu’il n’y a rien d’autre à faire, ou quand quelqu’un finit par se lasser de ce petit jeu, prendre le risque de faire exploser les solidarités de fortune d’une équipe, en refusant de se rendre aux réunions, en refusant d’accueillir les élèves de ceux qui ne veulent/peuvent se poser la question de ce dysfonctionnement. Anecdotique certainement ce tableau du jour. Je pourrais continuer sur des pages et des pages. J’ai du mal à m’arrêter tant la colère est grande.

Mais, je vais rejoindre les bras de Morphée parce que malgré tout, demain il y aura Alouette qui n’aura pas pris de petit déjeuner, maman toxicowoman et papa arlésien , Mistinguette abandonnée par son papa et qui a peur de voir sa maman malade mourir de ses dialyses hebdomadaires, Loulou qui voudrait bien comprendre pourquoi ça ne marche pas dans sa tête mais qui n’en n’a pas le droit symbolique, dévoré d’être mal dans sa peau, tant qu’il en est devenu une immense plaque de psoriasis. Et puis y’a lui et elle et encore lui et puis elle, ils sont 27, je les aime de tout ce que je peux faire de mieux, mais ce n’est jamais fini et jamais assez. Alors faut pas que je sois fatiguée et il est déjà trop tard."

« Il est plus tard que tu ne penses et plus amer que n’est ton cœur », Philippe Léotard.

 

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